Itdaily - L’IA signifie-t-elle la fin de l’open source ?

L’IA signifie-t-elle la fin de l’open source ?

L’IA signifie-t-elle la fin de l’open source ?

L’essor de l’IA soulève des questions majeures au sein du secteur technologique. L’une d’entre elles prend de plus en plus d’ampleur : l’IA signifie-t-elle la fin de l’open source ?

Savoir si l’IA aura un impact néfaste sur l’open source est une préoccupation légitime. Les systèmes d’IA semblent devenir de plus en plus autonomes, ils génèrent du code sans intervention humaine et sont souvent développés par de grandes plateformes fermées. Mais l’IA n’offre-t-elle pas aussi des opportunités pour la communauté open source ?

La colonne vertébrale de l’IA

Une première réalité, souvent oubliée, est que la révolution actuelle de l’IA est bâtie sur l’open source. « La révolution actuelle de l’IA est presque entièrement construite sur Linux et l’open source », commence Peter Dens, Managing Partner chez Kangaroot. « L’open source constitue la colonne vertébrale de l’IA. Sans ces fondations, l’évolution rapide de l’IA n’aurait tout simplement pas été possible. »

« L’open source constitue la colonne vertébrale de l’IA. »

Ce rôle ne s’arrête pas à l’entraînement des modèles. La phase suivante est tout aussi importante. « Aujourd’hui, pour beaucoup de nos clients, nous sommes dans la phase qui suit l’entraînement de ces modèles, à savoir rendre l’IA prête pour la production. Les entreprises veulent pouvoir faire tourner des modèles open source sur leur propre matériel, au sein de leur propre environnement. »

Démocratisation

L’IA est souvent associée aux grandes entreprises technologiques, à des modèles fermés et à une infrastructure énorme dotée d’une grande puissance de calcul. Pourtant, Peter Dens observe un autre mouvement :
« Cette démocratisation de l’IA est une évolution majeure dans laquelle nous continuerons à jouer un rôle important grâce à l’open source. »

L’open source rend l’IA accessible. De petites équipes, des startups et même des développeurs individuels peuvent s’appuyer sur des modèles et des infrastructures existants. Cela génère une innovation que les systèmes fermés ont du mal à offrir.

Impact sur la productivité

L’IA aura probablement l’impact le plus important sur la productivité. « Je pense que les développeurs open source bénéficiant de l’assistance de l’IA pourront accomplir encore plus de travail, automatiser les revues de code et ainsi étendre leur portée et leur impact », estime Peter Dens.

Se fier à 100 % à l’IA ne me semble pas encore prudent, compte tenu des hallucinations fréquentes.

Luigi Van den Borne, développeur chez We Are Knights

Ceci est confirmé par Luigi van den Borne, développeur chez We Are Knights, qui constate un changement net. « On a toujours besoin de personnes possédant les connaissances nécessaires pour tout contrôler et réviser, mais il y a un gain de temps considérable en générant le code lui-même », affirme-t-il. L’IA prend en charge les tâches répétitives, accélère le développement et aide les développeurs à se concentrer sur des problèmes plus complexes. En théorie, cela signifie plus d’innovation.

Il ne faut pas encore accorder une confiance aveugle trop rapidement. « Se fier à 100 % à l’IA ne me semble pas encore prudent, compte tenu des hallucinations fréquentes. » L’IA reste un outil, pas un remplacement.

Pression sur la communauté

L’IA apporte naturellement aussi des inconvénients. Actuellement, l’IA met sous pression non seulement divers emplois, mais aussi la communauté open source. CRob, Chief Security Architect chez OpenSSF, explique la situation. « Nous sommes actuellement dans la première phase de l’impact, que l’on peut comparer à la période de rencontre maladroite au début d’une relation, où une forte pression s’exerce sur les mainteneurs. »

« Nous sommes actuellement dans la première phase de l’impact de l’IA, que l’on peut comparer à la période de rencontre maladroite au début d’une relation. »

Cette pression provient de plusieurs horizons. « D’une part, il y a des réglementations comme le Cyber Resilience Act qui accentuent la pression et obligent les mainteneurs à traiter les vulnérabilités. D’autre part, il y a le problème du code généré par l’IA. Van den Borne explique : « Les gens utilisent l’IA pour envoyer massivement des pull requests. Souvent, ce code a l’air correct, mais il contient des erreurs subtiles dont la vérification prend des heures. »

L’open source repose en réalité sur les contributions de la communauté, mais celles-ci sont désormais parfois perçues comme un fardeau. Pour les mainteneurs individuels, cela peut devenir insoutenable. Van den Borne cite l’exemple de Juliette Reinders, une développeuse qui maintient seule depuis des années les correctifs de sécurité pour PHP : « C’était un travail à plein temps… et elle en était presque à supplier pour obtenir de l’aide. » Des projets célèbres comme l’écosystème curl ou des bases de code plus petites ont temporairement fermé leurs portes aux contributeurs externes ou sont passés à une politique « human-only ».

L’intervention humaine reste nécessaire

Un autre risque lié à l’IA est l’aggravation des erreurs dans le code. Selon CRob, les organisations maintiennent déjà massivement leurs propres variantes de code : « Environ 45 % des entreprises maintiennent des forks privés (dérivations locales du code source). L’entreprise moyenne possède 86 forks et consacre 5 000 heures par cycle de publication. »

L’espoir que l’IA résoudra ce problème lui semble naïf : « Si les entreprises pensent que l’IA va régler cette charge de travail pour elles, je leur souhaite bonne chance. »

« Au contraire », dit-il, « l’IA peut aggraver le problème. Plus de code généré signifie plus de variantes, plus d’écarts et, au final, des coûts plus élevés. Les organisations s’éloignent ainsi de plus en plus du fondement qui rend l’open source si précieux. »

L’IA fonctionne grâce à l’open source, et les développeurs ont besoin d’outils d’IA pour pouvoir collaborer au service de la communauté et des consommateurs.

Christopher « CRob » Robinson, OpenSSF

Pouvons-nous finalement affirmer que l’IA sera le coup de grâce de l’open source ? Non, mais elle l’oblige à évoluer. Selon Peter Dens, cela reste un monde unique. « L’open source demeure un terrain de jeu illimité et un terreau fertile pour l’innovation. Quand on voit ce qu’OpenClaw a accompli en tant que communauté en quelques semaines… cette force, on ne pourra plus jamais la supprimer. » La collaboration, la rapidité et l’innovation collective restent au cœur du système.