Surévaluée ou sous-exploitée ? La 5G doit tenir ses belles promesses maintenant

5G en Belgique

Après un démarrage lent, il est temps que la 5G soit enfin vraiment rentable pour la Belgique. Une connectivité plus rapide, c’est bien, mais la valeur de la 5G réside dans ce que l’on en fait, s’accordent unanimement les experts de l’industrie belge.

« La connectivité devient progressivement un besoin fondamental pour les entreprises », lance Séverine Waterbly, présidente du SPF Économie, en ouvrant la première édition de Powered by 5G. Avec ce nouvel événement, le SPF souhaite mettre en valeur l’impact économique de la 5G. La Belgique a connu, c’est le moins que l’on puisse dire, un démarrage difficile, mais Waterbly est convaincue que la 5G s’apprête à avoir un impact.

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La salle d’exposition offre aux fournisseurs de télécommunications Proximus, Telenet, Orange et Citymesh l’occasion de se mesurer les uns aux autres. Orange va même jusqu’à diffuser l’odeur de pop-corn frais. La compétition ne porte pas sur qui prétend avoir le réseau 5G le plus rapide, mais sur les applications industrielles innovantes que ce réseau prend en charge.

C’est selon la ministre fédérale de la Numérisation Vanessa Matz (Les Engagés) ce qui devrait compter. « Il ne s’agit pas de la technologie, mais de ce que vous en faites. La 5G ne fonctionne que dans un écosystème. »

Belle promesse, implémentation lente

La 5G a-t-elle vraiment été le « game changer » comme elle a toujours été annoncée ? François Rottenberg, professeur assistant du groupe de recherche DRAMCO à la KUL, ose en douter. « Le business case a été manqué parce qu’il a fallu trop de temps avant que la 5G n’atteigne l’industrie. À ce jour, aucune « killer app » n’a encore été développée. »

Du côté des opérateurs également, nous entendons une vision plus nuancée. Bram De Valck, 5G Programme Lead B2B chez Telenet, compare l’implémentation de la 5G dans les entreprises à la construction d’une maison. « Cela prend presque toujours plus de temps que prévu. Les entreprises sous-estiment le temps nécessaire pour finaliser les contrats et obtenir les permis. Nous devons éviter que cela devienne un « technology push », mais regarder ce dont les applications ont besoin. La 5G ne résout pas tout. »

Cinq voies de circulation

Les premiers réseaux 5G en Belgique n’étaient en fait pas de la « vraie » 5G, mais construits sur une infrastructure 4G. Une étude du BIPT à l’été 2025 marque le déploiement de la 5G Standalone comme la prochaine grande étape. Avec la 5G SA, de nouvelles applications deviennent possibles comme le slicing : la possibilité de séparer une partie d’un réseau public et de l’attribuer à un usage spécifique.

Avec le slicing, les réseaux 5G deviendront « programmables ». Pour une métaphore originale, nous devons à nouveau nous tourner vers De Valck. « Sur un réseau public, vous avez moins de contrôle sur la capacité. Avec le passage de la 4G à la 5G, nous sommes passés de deux voies de circulation à cinq et avec le slicing, il devient maintenant possible de garder une de ces voies libre. »

« Les couches fonctionnent en parallèle sans s’influencer mutuellement, de sorte que nous n’avons pas besoin de sacrifier la capacité pour d’autres utilisateurs. La capacité du réseau 5G est encore loin d’être épuisée », ajoute De Valck. Le secteur des télécommunications tente d’obtenir la très convoitée bande 6 GHz pour pouvoir étendre le réseau, mais le lobby wifi est également à l’affût.

Commencer petit

Les organisateurs SPF Économie et Beltug ne veulent pas en faire une « fête technologique », mais se concentrer sur ce que la 5G peut signifier en pratique pour différents secteurs. Lors d’un panel industriel, des expériences et bonnes pratiques sont partagées. Jan Smet, Connectivity & Industrial Telecom Manager chez BASF, explique comment son organisation s’y est prise. Sur l’un des plus grands sites industriels de Belgique, une couverture fiable n’est pas un luxe superflu.

« Nous avons commencé par de petits cas d’usage qui apportent une valeur ajoutée directe, pour convaincre le reste de l’entreprise. La force ne réside pas dans la technologie, mais dans la standardisation. N’attendez pas que la 5G puisse tout faire ce que vous voulez, car elle sera alors déjà obsolète. Les maladies infantiles existent, mais cela ne doit pas être une raison de ne pas commencer. Ne cherchez pas le « killer use case », mais commencez par des projets accessibles », selon Smet.

Un mot qui revient régulièrement lors d’un panel est redondance. Cela doit être intégré dans le réseau dès le début, estime Joris Emanuel en tant que CIO chez Van Moer Logistics. « C’est un « luxe européen » de penser qu’un réseau ne peut pas tomber en panne. De lourdes charges de données peuvent mettre un réseau en difficulté. Cela ne doit pas arriver une fois que vous êtes en production. Cela nécessite un travail de puzzle supplémentaire lors de l’installation et le choix du bon partenaire. »

« Mais la redondance doit aussi pouvoir vous protéger contre une panne de courant inattendue », soulève Chris Matthys de Tres. Il fait référence à un incident récent à San Francisco : une panne de courant a soudainement immobilisé les taxis autonomes Waymo, pourtant une vitrine de la connectivité 5G. « Posez-vous la question « Pouvez-vous continuer vos activités si le réseau tombe en panne ? » et établissez des exigences à ce sujet. Mais dans l’espace public, vous ne pouvez pas simplement compenser cela. »

N’attendez pas que la 5G puisse tout faire ce que vous voulez, car elle sera alors déjà obsolète.

Jan Smet, Connectivity & Industrial Telecom Manager BASF 

De la 5G à la 6G : apprendre du passé

Bien qu’il y ait encore beaucoup de marge sur la 5G dans l’industrie belge, on regarde déjà avec prudence vers l’ère de la 6G. Les secteurs académique, public et des télécommunications se réunissent dans le projet Bel6Gica pour éviter que la Belgique rate à nouveau son démarrage. « Il y a beaucoup de recherche académique de haut niveau en Belgique, mais peu d’approche coordonnée », entendons-nous le chercheur d’Imec Michael Peeters dire dans une vidéo.

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Le déploiement de la 5G doit servir de leçon pour le passage à la génération suivante. Rottenberg : « La transition vers la 6G sera cruciale pour la souveraineté technique de la Belgique et de l’Europe. Nous devons regarder avec un œil démocratique. La communication devient de plus en plus omniprésente dans la société et ne laissera rien ni personne de côté. Les besoins économiques et sociaux doivent être les principaux moteurs. »

La 6G se fera encore attendre quelques années. Le long processus de standardisation est encore en cours et le déploiement commercial n’est attendu que dans la prochaine décennie. Roothooft appelle les décideurs politiques à ne pas attendre : « La question n’est pas de savoir si nous aurons besoin de la 6G, mais quelle 6G nous voulons. C’est plus qu’une question technologique, évitons donc que cela devienne une histoire purement technologique. »